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Haut-débit à Mayotte : encore deux ans à attendre

Haut-débit à Mayotte : encore deux ans à attendre

« Encore deux ans à souffrir », diront les déprimés de l'internet à Mayotte. « Plus que deux ans », diront les optimistes. C'est au cours du second semestre 2011 que Mayotte entrera vraiment dans le XXIème siècle avec l'arrivée du câble Lion. Alain Smerecki, directeur de France Telecom à Mayotte nous en dit plus.

Le câble qui va relier Mayotte au reste de la toile en haut-débit est une continuité de celui déjà en place, qui relie Maurice à la Réunion et à Madagascar. Il s'agit du câble baptisé Lion (Lower Indian ocean network), réalisé par un consortium comprenant France Telecom, Mauritius Telecom, Orange Madagascar et une société kenyanne, Telkom Kenya. Sa construction a commencé en janvier 2008 et il est arrivé à Maurice en septembre de cette année. L'arrivée de Lion à Madagascar vient d'être inaugurée le 7 novembre dernier. Un autre câble, Safe, relie Maurice à l'Asie.

En ce qui concerne le tronçon desservant Mayotte, « le consortium est formé, les budgets sont débloqués du côté de France Telecom », nous dit Alain Smerecki. La société a déjà mis 70 millions d'euros dans la corbeille. L'état, quant à lui, a « provisionné 1,6 millions d'euros en 2010 pour construire la station d'atterrissement du câble sous-marin à Koropa, nous permettant d'avoir le haut débit en 2011 » comme l'annonçait le préfet de Mayotte Hubert Derache lors du bilan du Contrat de Projet Etat-Mayotte en cours.

La partie de câble desservant Mayotte va longer la côte Est de Madagascar de Tamatave (Taomasina) jusqu'à Diego Suarez (Antsiranana), au Nord de la grande île, avant de rejoindre Mayotte, distante d'environ 400 km. Une bretelle est envisagée vers les Seychelles qui ne disposent pas encore du haut-débit. Le câble rejoindra ensuite le Kenya à Mombasa qui est déjà un point de raccordement reliant déjà l'Afrique de l'Est à l'Europe, l'Asie et les Pays Arabes. Là, Lion rejoindra les câbles déjà en place, permettant d'assurer la permanence du service, même en cas de panne de l'un ou l'autre des deux câbles. Si un problème survient d'un côté, les données pourront emprunter l'autre itinéraire. C'est à véritable maillage de l'Océan Indien auquel on assiste, qui permettra une utilisation sécurisée dans tous les pays de la zone.

« La ligne vers le Kenya permettra de ne pas tout miser sur Mayotte pour l'amortissement », précise M. Smerecki qui rappelle également qu'une telle infrastructure, aussi lourde, devra, pour être rentable, reposer sur un ensemble de services et de contenus. « Si on veut que le projet soit rentable, on a besoin de tout le monde », nous dit le directeur de France Telecom qui ajoute « nous apportons l'outil », mais pour le contenu, il faudra que d'autres acteurs développent leurs propres produits. Orange, filiale de France Telecom, a déjà une offre de services à proposer, notamment dans le domaine de la télévision où l'on pourra également envisager la création de chaînes locales.

Les premiers acteurs intéressés par le haut-débit seront, bien entendu, les opérateurs de téléphonie sans fil. Lion leur permettra d'offrir tous les services 3G disponibles via le GSM, à commencer par l'internet qui existe déjà à Mayotte, mais dans des conditions peu satisfaisantes.

L'autre grand acteur devrait être, bien entendu, le Conseil Général qui avait voulu « forcer les opérateurs à s'engager » en lançant un « appel à manifestation d’intérêt » en septembre.

Si le câble touchera terre à Majicavo, la véritable station sera construite à Kawéni. Le bâtiment abritera les serveurs des différents opérateurs utilisant Lion où pourront également être stockées des données au niveau local, permettant d'économiser de la bande passante et, donc, de réaliser des économies sur le volume des données transmises, mais également d'améliorer la vitesse de transmission.

Plusieurs offres ADSL Dans l'immédiat, Mayotte ne bénéficiera pas du très haut-débit, comme dans l'hexagone ou à la Réunion. Dans un premier temps, seules des offres ADSL seront proposées aux particuliers. « Le débit à 2 méga de l'Adsl est suffisant. La télé passe déjà par l'Adsl », affirme Alain Smerecki. « Le très haut débit est surtout utile pour le téléchargement de données ». Il sera malgré tout accessible à certaines entreprises qui en éprouveraient le besoin.

La tarification sera « proche de celle pratiquée dans les autres Dom ». Des différences pourront malgré tout apparaître « en fonction des contenus ».

« L'Adsl passe par le réseau téléphonique » et ne nécessite donc aucune infrastructure supplémentaire. Si le réseau de la partie Nord de Mayotte utilise la fibre optique, le Sud est toujours câblé de façon traditionnelle, en cuivre. On peut donc s'attendre à connaître des imperfections de transmission dans les villages du sud, le réseau n'étant pas toujours ''au top'' dans certains endroits. Les problèmes de connexion de certains utilisateurs sont dûs à la mauvaise qualité de certains tronçons de lignes.

Cependant, le directeur de France Telecom nous l'affirme, « 90% des foyers sont 'adslisables' ».

Concernant les délais de construction, Alain Smerecki, rappelle que « nous sommes tributaires des constructeurs de câble, en l'occurrence Alcatel Câble », mais, déjà, « tous les repérages ont été effectués ».

Et en attendant ? Actuellement, le débit théorique est de 56 kb/s ou, au mieux, de 64 Ko/s avec Numeris. La plupart des utilisateurs sont en bas débit à 56 K. Malheureusement, cette vitesse théorique est altérée par le nombre de connexions simultanées : plus il y a d'utilisateurs, plus le débit diminue. La qualité de la ligne téléphonique et la distance entre l'utilisateur et le central influent également sur la vitesse de transfert. Dans le Sud de Mayotte, il est quasiment impossible d'être connecté à plus de 33 K. Tous les utilisateurs auront remarqué qu'il est très difficile de se connecter aux « heures de pointe », comme en fin d'après-midi, par exemple. Cet étranglement est dû à un trop grand nombre de connexions par rapport aux infrastructures.

Il ne semble pas que ces conditions puissent s'améliorer, même si « nous allons pouvoir récupérer de la bande passante sur le satellite, libérée par Madagascar » qui est en train de passer au câble, ce qui devrait alléger la charge du satellite. Celui qui est utilisé actuellement pour les transmissions téléphoniques est en effet partagé par plusieurs pays de la région.

En attendant l'arrivée de l'Adsl à Mayotte, il faudra donc encore avant tout s'armer de patience.

Source : Malango Mayotte

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